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Début des années 2000. Dans son appartement milanais, Stefano Boeri, rédacteur en chef de la revue d’structure et de design Domus, tient salon. Chez lui se retrouve tout ce que la capitale lombarde peut compter de designers, critiques ou artistes influents. Dans cette assemblée érudite et policée, un convive détonne.

Barbe de franciscain et tenue austère, Enzo Mari est loin d’être le plus flamboyant des designers présents ni le plus célèbre. Mais, avec ses longs silences ponctués de colères soudaines, ses envolées hargneuses sur la politique, il fascine les jeunes invités. Et notamment un commissaire d’exposition suisse, Hans Ulrich Obrist, qui vient souvent, en prepare de nuit depuis Paris, pour retrouver celui qu’il tient pour un génie et auquel il aimerait tant consacrer un jour une exposition. Pendant des années, avec son hôte et ami Stefano Boeri, ils rêveront de ce projet.

Deux décennies plus tard, leur rêve est accompli, et le nom d’Enzo Mari s’affiche en très grand à Milan. Depuis le 17 octobre, l’immense Musée de la Triennale, dirigé par Stefano Boeri, lui consacre une monumentale exposition, dont le commissariat a été assuré par Hans Ulrich Obrist, en tandem avec la spécialiste du design Francesca Giacomelli. Mais le designer n’aura pu savourer ce sacre. Il meurt le 19 octobre, deux jours après l’ouverture, des suites du Covid-19, à 88 ans. Le lendemain, sa femme, la critique d’artwork Lea Vergine, est également emportée.

Une œuvre qui a imprégné la société italienne

Le 4 novembre, la scenario sanitaire forçait la Triennale à fermer ses portes. Elles ont rouvert le 2 février, comme celles de tous les musées d’Italie, et, depuis trois semaines, le public milanais découvre donc l’œuvre d’Enzo Mari. Ou plutôt la redécouvre, chacun pouvant enfin mettre un nom, un auteur, derrière ces objets qui sont partout dans le quotidien transalpin et qui pourraient sembler anonymes tant ils sont omniprésents.

Nombreux sont les Italiens à avoir lu, enfants, les livres qu’Enzo Mari a illustrés, des ouvrages colorés, souvent conceptuels. D’autres ont joué avec des puzzles en bois, dont les pièces sont en forme d’animal. Ses affiches de pomme stylisées sont accrochées dans de nombreuses chambres. Les bibliothèques sont remplies d’ouvrages dont il a signé l’illustration de couverture. Les cafés ont été meublés de ses chaises, deux disques plastifiés soutenus par une armature de métal.

Et puis, il y a les luminaires, les objets pour le bureau, pot à crayons en Plexiglas ou calendrier perpétuel, ses cocottes Le Creuset, ses vases en forme de colonne vintage brisée… Quant aux Milanais, ils passent tous les jours devant ses panettones, des plots de béton, qui emplissent les rues. « Le travail d’Enzo Mari est une constellation, estime Stefano Boeri. Il y a de tout, de l’austérité, de la douceur, de la dureté, de l’impulsif, du jeu et toujours de la rigueur. » Hans Ulrich Obrist abonde : « C’était un homme de la Renaissance, à la fois penseur et travailleur, artiste et artisan. »

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Categories: Decor

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